Comme chacun sait, le Moyen-Orient occupe une place stratégique dans l’économie mondiale. En effet, il concentre à lui seul une grande partie des ressources énergétiques et des routes commerciales essentielles.
Pour rappel, le Moyen-Orient représente environ 30 % de la production mondiale de pétrole avec des points stratégiques comme le détroit d’Ormuz (par lequel transitent 20 % du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondial, ainsi que d’autres matières premières) ou encore le Canal de Suez qui concentre à lui seul 12 % des flux du commerce mondial. Enfin, la Mer Rouge est aujourd’hui l’axe majeur du Transit entre l’Asie et l’Europe du fait de la situation sur le front Ukrainien.
Une opération militaire aux conséquences économiques potentiellement incontrôlables
En lançant l’opération “Epic Fury” contre l’Iran le 28 février, les États-Unis et Israël ont déclenché en retour une riposte de Téhéran, notamment matérialisée par le blocage du fameux détroit d’Ormuz.
Une situation qui a conduit en deux semaines à une envolée des cours des hydrocarbures ainsi que de ceux des engrais, de l’aluminium, du soufre ou encore de l’hélium. Et le détroit d’Ormuz ne semble pas près de se débloquer pour le moment, le président américain Donal Trump ne parvenant pas à trouver des alliés pour sécuriser ce passage stratégique pour l’économie mondiale.
“Selon les estimations récentes, il manquerait 20 % de pétrole pour faire fonctionner l’économie mondiale. Toutefois, avec les réserves privées et publiques comme celles de l’Agence internationale de l’énergie, qui a annoncé débloquer 400 millions de barils, ainsi que l’existence de routes alternatives pour transporter les hydrocarbures, on estime aujourd’hui le déficit réel de pétrole à huit millions de barils par jour, ce qui est déjà un choc un peu moindre qu’attendu”, tempère François-Xavier Chauchat, membre du comité d’investissement, économiste et stratégiste chez Dorval Asset Management.
Le fait que le prix du baril de pétrole ait atteint un palier depuis près d’une semaine (100 dollars) n’est cependant pas une nouvelle rassurante, comme l’explique Philippe Waechter, chef économiste chez Ostrum Asset Management :
“Si ce prix actuel s’installe durablement, ce sera pénalisant parce que cela traduira un déficit d’approvisionnement en pétrole. Beaucoup de pays d’Asie pourraient être touchés par cette situation, qui pénaliserait aussi les consommateurs et les entreprises en Europe et aux États-Unis.”
La situation actuelle n’est pas compatible pour le moment avec une crise économique mondiale
De là à se dire que la situation actuelle ressemble au début d’une crise économique mondiale majeure, c’est un pas que les experts interrogés ne franchissent pas. Pour eux, seul le temps permettra de nommer correctement les choses.
“Si le pétrole reste aux alentours de 100 dollars avec un manque quotidien de huit millions de barils par jour ces trois prochains mois, cela réduirait la croissance mondiale de 0,4 points seulement, faisant passer la croissance économique mondiale un peu en-dessous du seuil symbolique des 3 %”, note François-Xavier Chauchat.
Si le PIB mondial venait à se retrouver aux alentours des 2,5 % de croissance, “l’économie mondiale commencerait alors à produire une hausse du chômage, même avec une croissance positive, et c’est cette dynamique-là qui matérialiserait la crise”, précise l’expert. Mais, selon lui, “la situation actuelle n’est pas compatible pour le moment avec une crise économique mondiale”.
Par ailleurs, les tensions énergétiques actuelles n’ont pas grand-chose de comparable avec les chocs pétroliers passés, à commencer par le fait que le monde est moins dépendant du pétrole en 2026 qu’il ne l’était dans les années 1970.
Et même si le blocage à l’embouchure du golfe Arabo-Persique crée simultanément une flambée du prix du pétrole, un effondrement du trafic maritime et une contraction de l’offre énergétique mondiale, l’optimisme reste de rigueur sur les marchés financiers, selon François-Xavier Chauchat : “On est moins sensibles au prix du pétrole que dans les années 1970, et les investisseurs sur les marchés ne considèrent pas le scénario actuel comme une crise”, explique l’économiste. “Pour eux, le détroit d’Ormuz va rouvrir, pas dans cinq ans ni même dans six mois, mais plutôt dans les semaines ou les mois à venir”.
Une situation pas comparable à la crise financière de 2008 ni à la crise inflationniste de 2022
Le prix Nobel d’économie français Philippe Aghion ne voit, quant à lui, pas non plus arriver un “effondrement” de l’économie mondiale ou même un “équivalent de la crise financière de 2008”, lors de laquelle le prix du baril de Brent avait dépassé les 140 dollars, soit son record historique.
“Un conflit prolongé, élargi, réduira la croissance mondiale, certes, mais pas d’effondrement. Je ne vois pas l’équivalent de la crise financière de 2008”, a t’il affirmé récemment.
Un constat que partage François-Xavier Chauchat, selon lequel “les taux d’intérêt ne montent pas beaucoup et les Bourses ne baissent pas beaucoup actuellement. Cela veut dire que la liquidité de l’économie mondiale reste bonne, il n’y a pas de crise financière comme en 2008.”
La comparaison des tensions énergétiques actuelles, qui font croître en parallèle les cours de plusieurs matières premières, ne semble pas non plus tenir avec l’invasion russe de l’Ukraine en 2022. Cette année-là, la flambée des prix de l’énergie avait entraîné une inflation record dans la zone euro.
“En outre, il y a quatre ans, c’était aussi la réouverture de l’économie mondiale après la pandémie de Covid”, souligne le stratégiste de Dorval Asset Management. “Aujourd’hui, ce scénario-là est beaucoup moins probable parce qu’on n’est pas dans une phase haute, le marché du travail est beaucoup plus mou qu’en 2022. Les salaires sont actuellement en train de décélérer, on n’est donc pas dans une ambiance où il suffit d’allumer une petite étincelle pour que l’inflation flambe.”
Pour Philippe Waechter aussi, “un choc énergétique ne suffit pas à créer l’inflation”.
Pour rappel, en 2022, outre l’augmentation des prix de l’énergie, la hausse des prix alimentaires (l’Ukraine étant un producteur de premier plan pour les céréales) et le manque de stocks suffisants des entreprises avaient alors aussi contribué à alimenter l’inflation.
Incomparable à la crise financière de 2008 comme à la crise inflationniste de 2022, la situation économique mondiale actuelle n’en est pas moins instable actuellement. Si le blocage du détroit d’Ormuz venait à se poursuivre au-delà des trois prochains mois, et que le prix du baril de Brent venait à tutoyer les 150 dollars, la donne changerait radicalement, sans doute pour le pire.
Méfiance et prudence restent donc de rigueur…deux mots qui riment malheureusement trop avec Statu Quo depuis près de 2 ans maintenant.
Deux années marquées par la prudence en France depuis la dissolution de l’Assemblé Nationale et le changement de politique fiscale potentiellement induit, deux années marquées aussi par la défiance mondiale face aux allers-retours incessants de la politique douanière au pays de l’Oncle Sam, deux années marquées enfin et toujours par le risque d’embrasement et d’enlisement sur le front Ukrainien.
Bref, deux années plombées par l’incertitude, partout et sur tout.
Malheureusement, j’ai bien peur que ces deux années écoulées ne soient qu’un prémice à la grande incertitude qui se joue sur l’Hexagone à l’horizon de l’été 2027.
Et cette fois, pas de JO de Paris 2027 comme soin palliatif pour se consoler pendant l’été…la bonne nouvelle est qu’on évitera à minima le “JO Blues” de septembre 2024, la dépression post partum se devra d’être traitée bien en amont si les tendances du pire se confirment..
Hubert Demaison
Fondateur et Directeur Général d’Adven Transition