La plupart des crises sur les 50 dernières années avaient toutes en commun un facteur déclenchant exogène identifié.
Pour rappel :
La crise des années 70
Dans un contexte de crise politique au Proche-Orient (conflit Israélo-Palestinien et guerre du Kippour), les principaux pays producteurs de pétrole (OPEP) décident d’augmenter leurs prix.
Le baril explose à la hausse, entraînant avec lui les économies mondiales dans la récession.
A ce premier choc, s’ensuit un deuxième choc en 79, renforçant les effets du premier et maintenant nos économies sous la ligne de flottaison.
La crise de 2008
La crise de 2008 trouve quant à elle son origine dans l’éclatement de la bulle immobilière aux Etats-Unis en 2007, entraînant avec elle non seulement les ménages mais aussi les banques émettrices de crédits, qui font alors face à une crise de liquidités.
Le jeu des produits structurés favorisant et accélérant la propagation à l’ensemble des acteurs des marchés de capitaux, tout le secteur bancaire fut rapidement contaminé.
La suite, on la connaît…2009, Lehman Brothers, …
La crise de 2024
La crise qui s’est invitée sur le plan mondial en 2024 n’a pas de facteur déclenchant identifié, si ce n’est l’instabilité monétaire (hausse des taux des principales banques centrales pour contrer l’inflation) et géopolitique (conflit Ukrainien et au Moyen-Orient), ainsi que le poids de la dette de certains pays, dont la France, dans le radar des marchés financiers.
Pour autant, peu d’analystes parlent de récession ou de crise, laissant penser qu’il s’agit d’une dépression à bas bruit ou mieux, d’une consolidation de la croissance post Covid.
Laissons de côté la scène internationale pour revenir à la situation en France et remontant le temps à l’été 2024, qui au delà de la parenthèse enchantée des JO de Paris, est aussi synonyme de dissolution de l’assemblée nationale et de ses conséquences dramatiques.
Nous vivons en effet, depuis plus d’un an révolu désormais, dans une incertitude permanente et une instabilité sans précédent, que nous avons nous mêmes fabriquées, sans l’aide et le concours de personne (même si le gouvernement Trump nous a cette fois beaucoup soutenu en apportant sa pierre à l’édifice de l’instabilité avec les allers retours sur les droits de douane).
D’un climat propice à la croissance, avec la levée des principales incertitudes monétaires et géopolitiques, nous avons réussi à recréer un état de doute permanent, rendant nos dirigeants d’entreprises dans l’incapacité de prendre la moindre décision.
Nous sommes donc depuis 16 mois enlisés et empêtrés dans une crise, peut-être sans précédent, quand bien même elle ne se reflète pas dans les chiffres. Et, c’est là, tout le paradoxe.
Ainsi, la croissance du PIB de la France, en glissement annuel, est restée positive (légèrement inférieure à 1 %) depuis le quatrième trimestre 2024.
L’expansion trimestrielle a elle progressé de 0,3 % au deuxième trimestre par rapport aux trois premiers mois de l’année et fait suite à une expansion de 0,1 % en glissement trimestriel entre janvier et mars, ce qui témoigne d’une certaine résilience à un moment où le président américain a commencé à imposer des droits de douane à ses partenaires commerciaux.
Parallèlement, de nouvelles données sur l’industrie manufacturière montrent que ce secteur en France a commencé à croître en août, une première depuis deux ans et demi.
Mais, ces chiffres sont un trompe l’oeuil et c’est sans doute là qu’est le principal problème : le décalage qui existe entre la vision des marchés et l’économie dite réelle.
Les analystes estiment en effet qu’il est peu probable que la France bascule dans la récession en raison de l’agitation politique. “Les institutions sont fortes”, ce qui signifie qu’une éventuelle “transition politique se ferait en douceur”, a expliqué le mois dernier, à Euronews, Jérémie Peloso, stratège européen en chef chez BCA Research.
“Cela aurait un impact très limité sur l’activité économique, au-delà de l’incertitude politique et d’un coup porté à la confiance des consommateurs et des entreprises. Mais même là, je pense que l’impact sera limité”, a-t-il ajouté.
Cependant, le Medef, ne partage pas cet avis. Patrick Martin, son président, a averti que l’incertitude politique entraîne des conséquences immédiates, notamment “le gel des investissements, la perte de confiance, le risque accru de faillites et la destruction d’emplois”.
“Si les entreprises ne peuvent pas investir, la croissance et l’emploi s’effondreront et la France risque d’entrer en récession”, a-t-il ajouté, précisant que certains secteurs, tels que le BTP, la chimie, l’hôtellerie et la restauration, sont déjà en crise.
Le patron du Medef a également mis en garde contre de nouvelles augmentations d’impôts, qui pourraient limiter l’activité des entreprises, clé de la croissance. Or, la croissance est nécessaire pour réduire le déficit et la dette du pays, a-t-il fait valoir.
Je ne peux que m’aligner sur la position du Medef : oui, l’instabilité a tué notre pays, sa croissance, son innovation, ses investissements, ses espoirs et surtout épuisé nos ressources.
Personne n’est épargnée : nos PME et ETI sont en première ligne mais, au second rang, même nos colosses du CAC 40 sont devenus par la force des choses des colosses aux pieds d’argile, pouvant vaciller d’un moment à l’autre.
Alors oui, il est urgent d’agir…il en va de notre survie.
Mais, avant même de parler de hausse d’impôts, de réduction de déficits ou encore de retraite, parlons déjà de budget 2026.
Car, jusqu’à présent, aucun gouvernement nommé par le président ne semble pouvoir éviter de tomber lorsqu’il présentera un budget. Les analystes ne s’attendent donc à aucun changement majeur avant 2027, date à laquelle le mandat d’Emmanuel Macron prendra fin et où l’équilibre des forces sera libre de changer.
D’ici là, cependant, l’objectif du gouvernement sera probablement beaucoup plus modeste, a déclaré Oxford Economics dans un rapport récent. Compte tenu de l’environnement politique tendu, la priorité du nouveau gouvernement sera de faire passer un budget sans être renversé. Cela réduit les espoirs d’une consolidation fiscale significative avant au moins l’élection présidentielle de 2027, ce qui signifie que la dette de la France va probablement continuer à augmenter (Oxford Economics prévoit que la dette publique dépassera le seuil de 120 % du PIB d’ici la fin de 2027).
On en est donc là…enclins, ou pire impatients, à accepter les plus mauvais compromis, les plus grosses erreurs stratégiques, les pires décisions politiques et économiques, les idées les plus contre-productives, pour espérer disposer d’encore un peu d’air en 2027.
Et, après ?
Le rebond ou la résignation…
Hubert Demaison
Fondateur et Directeur Général d’Adven Transition